Jean-Alexandre Trogneux est la cinquième génération d'une chocolaterie familiale ouverte à Amiens en 1872. Son fils Jean-Baptiste en représente la sixième. Depuis 2017, leur patronyme est devenu un sujet public, à cause d'un neveu par alliance devenu président de la République. Au micro de Vanessa, il revient pour la première fois sur ce que cette notoriété a fait à son entreprise et à sa famille.
Une saga amiénoise, puis une onde de choc
La maison Trogneux est installée à Amiens depuis 1872. Cinq générations s'y sont succédé, et le macaron qu'on y vend reste l'une des spécialités les plus identifiées de la ville. En 2014, un « cher tonton » commence à faire parler de lui dans la presse nationale. Trois ans plus tard, Jean-Alexandre Trogneux voit les équipes de CNN s'installer devant sa vitrine. Son bureau est au premier étage. Il met du temps à comprendre ce qui se passe. Personne, dit-il, n'avait imaginé une telle destinée.
Le nom devient une cible
Très vite, la curiosité bascule. Avec la chute de la cote de popularité présidentielle, la chocolaterie devient un symbole attaquable. Pendant les gilets jaunes, les boutiques sont caillassées. Les vendeuses reçoivent des insultes. Jean-Alexandre Trogneux décrit des courriers anonymes glissés dans la boîte aux lettres avec la mention « boum », des excréments envoyés par la poste maquillés au chocolat. Il parle d'incompréhension d'abord, puis de violence gratuite. Les commandes de comités d'entreprise dirigés par des syndicalistes disparaissent les unes après les autres. La consigne est partout la même : ne pas avoir le mot « Trogneux » sur une commande.
L'agression de Jean-Baptiste
Le point de bascule a un nom : celui de son fils. Jean-Baptiste est tabassé par cinq hommes au pied de la chocolaterie. L'agression est filmée, jugée, les motivations retenues sont explicitement liées au patronyme. Son père en parle comme de la blessure la plus dure. Personne, dit-il, n'imagine que son sang puisse payer pour un cousin par alliance.
Une règle tenue depuis neuf ans
Dès le début, Jean-Alexandre Trogneux pose une règle avec Emmanuel Macron : ne rien lui demander. Personne n'appelle l'Élysée, et l'Élysée n'appelle personne. Quand des connaissances lui demandent de faire sauter un PV ou d'éviter un contrôle fiscal, sa réponse est toujours non. Cette règle s'accompagne d'une politique de mutisme. Il refuse les interviews depuis 2017, ne possède aucun compte sur les réseaux sociaux, et décline systématiquement les demandes de photos avec des personnalités politiques, jusqu'aux élus locaux qui se sont parfois invités dans son bureau.
Trouver des refuges
Lui s'est installé au Touquet. Il décrit la ville comme un « Disneyland » où on lui fout enfin la paix. Sa fille a fait un autre choix. Elle vit à Hong Kong depuis neuf ans, sous un nom d'emprunt, après être passée par Londres, New York, l'Australie et Hawaï. Quand un grand groupe lui dit qu'elle a obtenu son poste grâce à son oncle, elle nie tout lien de parenté. Son père en parle avec admiration et avec regret. Elle refuse de rentrer tant que la situation ne se sera pas calmée.
Une question posée comme un mantra
Pendant l'entretien, une phrase revient. Jean-Alexandre Trogneux la reformule à plusieurs reprises : est-ce que quelqu'un est responsable de ce que fait et dit son oncle ? Posée comme cela, simplement, elle désarme la plupart de ses interlocuteurs. Elle résume neuf années à elle seule.
Il en parle dans le troisième épisode d'À Contre-Jour, le podcast qui donne la parole à ceux qui vivent dans l'ombre d'un nom célèbre.
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