Kenza Bel Kenadil cumule plus d'un million d'abonnés sur TikTok. Elle a commencé avec des routines capillaires pour cheveux texturés et elle est devenue une voix de l'acceptation de soi. Des inconnus l'arrêtent dans la rue pour la remercier. Sa sœur aînée, Sofia, a 30 ans. Elle est artiste événementiel, danseuse, et elle dirige sa propre compagnie de spectacle. Elle prépare son mariage. Dans les vidéos de Kenza, on la devine souvent : c'est elle qui tient la caméra. Mais Sofia a aussi sa propre vie, son propre public, et un historique YouTube récemment envahi par les robes de mariée et les recettes de cuisine.

Calais, Nîmes, une mère seule

Sofia, Kenza et leur frère Wassim ont grandi avec une mère qui travaillait à l'hôpital et un père absent. La famille a d'abord vécu près de Calais, avant de descendre à Nîmes quand Sofia avait dix ans. Leur mère les a élevées sur un pied d'égalité et les a plongées dans l'univers artistique dès l'enfance. Sofia était l'élève modèle, celle que les profs citaient en exemple. Kenza était l'énergie. Sofia résume en une phrase : « J'étais un peu la force tranquille et ma sœur, l'énergie. » Les caractères étaient déjà distribués.

Les selfies en centre commercial

Le basculement, Sofia le situe au moment où les promenades en ville ont cessé d'être anonymes. Elle décrit les adolescents qui courent vers Kenza pour un selfie, les adultes qui chuchotent en la reconnaissant. Ce qui la surprend encore, c'est le décalage : pour elle, c'est juste sa petite sœur. « Ma sœur connue, ça fait bizarre. Pourquoi ? Waouh, c'est à ce point là ? »

La ressemblance physique entre les deux ajoute une couche comique. Sofia est régulièrement prise pour Kenza dans la rue. Elle voit le regard arriver, le « waouh c'est Kenza », puis le léger flottement quand elle explique que non. Les gens répondent « vous ressemblez de dingue », elle remercie pour sa sœur, et tout le monde repart content. Ce qui la touche le plus, ce sont les témoignages de fans qui racontent que Kenza les a aidées à accepter leur cheveu naturel. Sofia emploie le mot « hyper émouvant ».

Sa fierté du succès de sa sœur est sans ambiguïté. Quand Vanessa lui demande frontalement si elle est jalouse, Sofia n'hésite pas : « J'ai jamais été jalouse de ce qu'elle faisait. Au contraire, j'ai toujours été hyper fière de tout ce qu'elle fait. » Elle connaît le travail derrière les vidéos et elle estime que Kenza le mérite.

« Est-ce que ta sœur peut me coiffer ? »

La question la plus fréquente que Sofia reçoit n'a rien à voir avec elle. C'est : « Est-ce que ta sœur peut me coiffer ? » La deuxième : « Vous êtes jumelles ? » Sofia en rit dans l'épisode, mais le schéma se répète aussi avec les marques. Certaines l'approchent pour des collaborations en visant, derrière elle, un accès à Kenza. Là, Sofia pose la limite. Elle n'est pas l'agent de sa sœur. Kenza a son mail professionnel, ses partenariats, son circuit. « Si vous voulez travailler avec Kenza, vous avez un mail et elle traite tous ses mails. »

Sofia tient à cette distinction sans dramatiser. Elle possède sa compagnie de spectacle, elle a ses propres collaborations. Les réseaux sociaux sont pour elle une vitrine professionnelle pour montrer son travail d'artiste, pas un métier à plein temps. « Mon entreprise, mon truc à moi, mon bébé, c'est tout. » Et les deux sœurs en profitent mutuellement : Kenza recommande Sofia à des organisateurs d'événements, Sofia aide Kenza sur des shootings. « On se pousse mutuellement plus qu'autre chose, on s'élève, c'est pas l'inverse. »

Décoiffer Kenza à une heure du matin

Sofia aide régulièrement sa sœur : elle la filme sur des événements, la suit en soirées d'influenceurs, et la décoiffe à une heure du matin après un shooting. Quand Vanessa lui demande à quel point c'est épuisant sur une échelle de 1 à 10, Sofia répond « cinq, six ». L'échange prend un tour plus drôle quand Vanessa propose un échange de vies pendant 24 heures. Sofia est catégorique : elle craquerait au bout d'une semaine de création de contenu. Le rythme est décalé, on travaille la nuit, on dort le jour. Kenza, de son côté, ne tiendrait pas trois dates de spectacle.

Sofia décrit aussi l'envers du métier de créatrice de contenu tel qu'elle le voit de près. Le montage, la lumière, le son, le matériel : c'est le travail de plusieurs techniciens réuni en une seule personne. Sofia connaît ces métiers par sa propre pratique d'artiste, et elle sait ce que ça représente. En septembre, Kenza a fait un burn-out. Sofia raconte qu'elle avait essayé de la prévenir. La pression des algorithmes, le besoin de publier en continu, la peur de perdre des abonnés : Kenza en a parlé publiquement sur ses réseaux, et Sofia est fière qu'elle l'ait fait.

La sœur derrière l'écran

Vers la fin de l'épisode, Sofia confie qu'elle hésite parfois à solliciter Kenza pour des choses personnelles, parce qu'elle connaît la charge de travail. Ce qu'elle aimerait lui dire : « J'ai besoin de toi en tant que sœur, j'ai besoin de ma sœur. » Kenza a fait du chemin sur ce sujet. Les choses s'améliorent. Et Sofia précise que le besoin n'est pas à sens unique : Kenza aussi a besoin de se retrouver elle-même, en dehors du rythme des publications.

Le conseil que Sofia adresse aux familles dans la même situation est direct : parler, même si la première réaction est à chaud. « Ça rentre, ça va travailler quand même. »

Le bouton

Dernière question du podcast, devenue la tradition d'À Contre-Jour : si Sofia pouvait appuyer sur un bouton et effacer toute la notoriété de Kenza, est-ce qu'elle le ferait ? Non. Kenza va ouvrir son propre salon de coiffure. Elle aide des milliers de femmes à accepter leur cheveu naturel. « Ça nous a pas détruit. Au contraire. » Et Sofia, de son côté, peut laisser son téléphone dans un tiroir pendant une semaine sans problème. C'est peut-être la meilleure preuve que les deux sœurs ont chacune trouvé leur place.

Elle en parle dans le quatrième épisode d'À Contre-Jour, le podcast qui donne la parole à ceux qui vivent dans l'ombre d'un nom célèbre.

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Sources :

Kenza Bel Kenadil, TikTok (@kaborealll)

Podcast À Contre-Jour