De Tours à M6 : une carrière construite sans filet
Hortense d'Estève grandit dans une famille aristocratique tourangelle, dernière de cinq enfants avec douze ans d'écart avec ses aînés. Son père est catalan, sa mère un mélange tourangeau et corse. L'éducation est catholique, structurée, codifiée. Sa mère lui transmet des règles nettes : pas de relations intimes avant le mariage, pas de divorce. Ces valeurs forment un socle, mais aussi un carcan qu'Hortense identifie très tôt comme tel.
Après le bac, elle monte à Paris sans aucun contact dans les médias. Un beau-frère qui travaille chez JCDecaux lui ouvre quelques portes. Elle découvre le métier d'attachée de presse grâce au patron d'une société d'horlogerie de luxe rencontré via un baby-sitting, intègre l'EFAP, fait un stage à RTL en deuxième année, travaille chez un agent de photographes à New York, puis passe chez Intertalents, l'agence de François Marie Samuelson et Laurent Grégoire, avant d'être embauchée en CDI chez M6.
Chez M6, elle participe au lancement de M6 Musique avec Robin Leproux, Sophie Caquot et Alexis Gemini. Les bureaux de la chaîne sont en face du plateau de Michael Youn, qui tourne le Morning Live en slip dans les couloirs. L'équipe vit aussi le séisme de Loft Story depuis l'intérieur. Hortense découvre en accéléré ce que signifie la notoriété fabriquée par la télévision, et s'interroge déjà sur ce que cela produit chez les jeunes qui veulent « être connus » sans savoir pour quoi.
Un bassiste, une guitare, une voiture
Hortense rencontre Calogero dans le cadre professionnel. Elle travaille avec les labels pour M6 Musique, organise des soirées mensuelles pour créer du lien entre la chaîne et les artistes. Calogero, alors signé chez Mercury sous la houlette de Philippe Blanc, Valérie Zetoun et Pascal Nègre, sort à peine de son groupe Les Charts pour lancer sa carrière solo.
Il n'est pas célèbre. Il habite chez sa meilleure amie. Il a une guitare et une voiture. Hortense, elle, a un CDI. Ce qu'elle voit, ce n'est pas un chanteur connu, c'est un compositeur dont le talent de mélodiste la sidère, et une force de travail qu'elle n'a jamais observée chez personne.
Pascal Obispo l'amène un soir à l'une de ces soirées M6. Calogero lui prend les mains. Ils se tournent autour pendant des mois, se croisent sur des plateaux d'émission. Puis ils s'installent ensemble et construisent en huit ans une vie à deux, deux filles, un quotidien partagé entre son travail en télévision et les tournées de lui. Le troisième album de Calogero s'appelle 3 : pour Nina qui vient de naître, et parce qu'ils habitent au troisième étage.
L'effacement par le succès de l'autre
Deux albums se vendent massivement, en pleine crise du disque. Calogero et Raphaël sont parmi les rares artistes français à passer entre les gouttes. Hortense travaille toujours. Elle produit, fait des relations presse, monte des projets. Personne ne le remarque.
Le problème ne vient pas de la notoriété elle-même. Il vient de ce qu'elle génère comme présupposé. Les gens autour d'elle considèrent que son travail est un passe-temps, puisque son mari est célèbre. Quand elle décroche des missions chez Endemol, des collègues s'étonnent : pourquoi elle bosse, elle n'a pas besoin. Après la séparation, le même raisonnement persiste : elle touche une pension, donc son activité professionnelle n'est pas sérieuse.
Hortense décrit dans l'épisode un détail révélateur. Quand elle cherche un appartement à Paris après la séparation, les agences lui demandent un CDI. Son ex-mari est artiste : pas de CDI. Elle est indépendante : pas de CDI non plus. Femme divorcée, célibataire, sans contrat fixe. Rien dans son profil ne rassure un bailleur parisien, quelle que soit la réalité de ses revenus.
Partir en pleine ascension
La séparation est sa décision. Hortense quitte Calogero au moment où sa carrière est au sommet. Ses proches ne comprennent pas. Pourquoi abandonner un confort évident, une vie à côté d'un artiste qui remplit des salles, qui peut offrir des vacances, des restaurants, des hôtels.
Elle explique sa décision par ce qu'elle appelle le syndrome de la fille parfaite. Vouloir que tout soit impeccable, tout le temps. Et un jour, détruire le château de cartes parce que la perfection étouffe. Elle évoque ses parents, leur couple où la communication avait disparu, leur refus du divorce comme principe. Elle ne voulait pas reproduire cette cohabitation sans tendresse. Elle avoue un manque de maturité à l'époque, un besoin de casser les codes hérités de son éducation.
Calogero écrira L'Embellie, l'album de la séparation. C'est le premier disque qu'elle n'écoute pas en première. Quand il le lui fait remarquer, elle mesure l'importance qu'elle avait dans son processus créatif. Aujourd'hui, ils échangent à nouveau sur la musique, sur l'éducation de leurs filles, sur la vie. La base est restée saine.
Nina, Romy, et le poids d'un nom
Nina a 22 ans. Elle a longtemps rejeté la musique, précisément parce que c'était le territoire de son père. Puis elle a monté un groupe avec des amies, commencé à composer, accepté de monter sur scène. Elle chante désormais avec Calogero lors de sa tournée acoustique dans les théâtres. Hortense regarde sa fille interpréter La Bienvenue, la chanson que Calogero avait écrite quand elle était enceinte de Nina, et elle pleure encore, mais pour une bonne raison cette fois.
Romy a 19 ans. Elle veut travailler dans la mode. Elle s'est longtemps protégée de la notoriété paternelle, mais la perte de son grand-père côté paternel, cette année, lui a fait prendre conscience de certaines choses qu'elle avait mises à distance.
Hortense a élevé ses filles entre deux réalités. Déjeuner au Costes avec leur père, voyager en seconde classe quand elles prennent leurs billets seules. Colonie en juillet, une semaine à Saint-Barth. L'adaptabilité comme principe éducatif, pour que le privilège ne devienne jamais un cadre de référence unique.
Laeticia, Johnny, et l'amitié au-delà de l'image
L'amitié avec Laeticia Hallyday s'est construite après la séparation d'avec Calogero. Laeticia est venue l'aider à déménager, faire le lit, apporter des gâteaux. Leurs filles sont proches en âge : Jade et Joy d'un côté, Nina et Romy de l'autre. La relation s'est nourrie de valeurs éducatives communes et de moments partagés, pas du showbiz.
Johnny Hallyday donnait du chocolat aux enfants avant le déjeuner, juste pour les faire rire. Il appelait Calogero « Col à Jérôme » et lui répétait qu'il n'aurait jamais qu'un seul ex. Hortense a assisté de près à la perte de cet ami, puis à celle de son propre beau-père, le père de Calogero, récemment disparu. Les incendies de Los Angeles, en janvier 2025, ont détruit la maison de Laeticia avec tous les souvenirs. La fille d'Hortense, Romy, a vécu un incendie chez son père la même période. Ces coïncidences ont renforcé un lien qui n'avait pas besoin de la célébrité pour exister.
Ni héritière, ni entretenue
Hortense a produit la série télévisée Champagne, tournée à la sortie du COVID. Elle a travaillé avec Marie Papillon, repérée sur le digital, pour l'amener vers la fiction. Elle fait des relations presse, de la communication, du consulting. Derrière chaque projet abouti, vingt-cinq autres sont restés dans les cartons. Elle le dit clairement : elle s'est parfois comportée comme si elle était héritière ou mariée. Elle n'était ni l'un ni l'autre.
Sa mère est décédée en juillet de cette année. Elle n'a jamais compris ce que sa fille faisait comme métier. Hortense en parle sans amertume. Elle reconnaît ce que son éducation lui a donné : un socle, des valeurs, une tenue. Et ce qu'elle a dû dépasser : l'hypocrisie des non-dits, la transmission affective bloquée, l'impossibilité de dire « je t'aime » ou « je suis fière de toi ».
Quand Vanessa lui demande si elle appuierait sur un bouton magique pour effacer la notoriété, Hortense répond non. Pas pour elle. Pour le talent de Calogero, qu'elle décrit comme un don qu'il aurait été dommage de ne pas laisser s'exprimer.
Elle en parle dans le sixième épisode d'À Contre-Jour, le podcast qui donne la parole à ceux qui vivent dans l'ombre d'un nom célèbre.
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